Faune sauvage (Wildlife)
Chantal Jouanno : il n’y aura pas de réintroductions d’ours dans les Pyrénées
Chantal Jouanno avait déclaré au printemps qu’elle ne serait pas la ministre qui laisserait s’éteindre l’ours dans les Pyrénées. Elle ne sera certainement pas celle qui lui redonnera un avenir serein.
Elle doit se rendre à Toulouse le Lundi 26 Juillet pour rencontrer les « protagonistes », agriculteurs/éleveurs et associations écologistes, défenseurs de l’ours. Les déclarations ne seront vraisemblablement pas à la hauteur des espérances de ceux qui croyaient en un engagement fort pour l’espèce emblématique de la biodiversité en Pyrénées.
Le ministère semble ne plus vouloir parler de réintroductions, en raison des « réactions de rejet » de la part des éleveurs, des « problèmes, heurts et crispations » suscités qui selon Chantal Jouanno seraient néfastes à l’écologie qui ne doit pas se limiter à un seul symbole.
La population d’ours compte actuellement une vingtaine d’individus. La secrétaire d’état estime que les conditions d’une reproduction naturelle sont réunies et suffisantes, et ne souhaite désormais que remplacer les ours qui pourraient être tués. Ce serait uniquement un plan de conservation, pas un plan de renforcement.
La plupart des associations et organismes impliqués dans la conservation de l’espèce ours estimaient pour leur part que la population d’ours ne pourrait pas être viable en dessous d’au moins 70 individus (voire 100/150 pour certains). Cap Ours, qui regroupe une trentaine d’associations, a adressé ces derniers jours au ministère une lettre ouverte faisant part de ses inquiétudes quant au respect des promesses et à l’avenir de l’ours, menaçant de relancer les actions citoyennes et juridiques auprès du parlement et de la commission européenne.
Selon plusieurs associations, la position du ministère témoigne une nouvelle fois d’une grande timidité, réserve, voire lâcheté face aux déclarations initiales et aux promesses faites lors des quelques réunions auxquelles il n’avait pu se soustraire suite aux campagnes menées par les associations.
La peur des lobbies agricole l’aura emporté sur le courage des décisions qui auraient pu marquer l’année de la biodiversité si souvent instrumentalisée pour donner bonne conscience. En effet, la réintroduction d’ours que certains espéraient pour cette année 2010 ne pourra pas se faire compte tenu de l’avancée en saison et de l’approche rapide de la période d’hivernage. Et des réintroductions en 2011 interviendraient juste avant l’année des élections présidentielles… avec tous les risques de mécontentement d’un certain pourcentage d’électorat.
Urs et Berna, les oursons du parc aux ours de Berne seront sauvés.
Urs et Berna sont deux oursons nés à Berne dans le parc aux ours. Bien que l’ours soit le symbole de la ville, la direction du parc ne pouvait pas conserver les oursons, à la fois pour des raisons de place et pour éviter la consanguinité en cas de reproduction avec les parents. Il était donc envisagé de les euthanasier si un lieu d ‘accueil n’était pas rapidement trouvé.
Plusieurs associations et fondation, nombre de particuliers se sont mobilisés pour éviter le pire à ces deux boules de poils.
La Fondation Franz Weber, qui avait contribué au transfert de l’ours Miljen, sauvé d’un cul de basse fosse dans un cachot bosniaque il y a un peu plus de deux ans, a contacté ceux qui avaient activement participé à ce sauvetage. Pierre Demeure, qui avait réalisé le reportage d’images et avait conservé d’étroites relations avec le Refuge de l’Arche, a informé Christian Huchedé (responsable et fondateur du Refuge) de la situation, en lui demandant s’il y avait une possibilité d’accueil des ours. Par chance, un grand enclos jouxtant celui de l’ours Miljen était disponible, son occupante ayant trouvé la compagnie de Miljen très sympathique et s’étant décidée à rester avec lui.
C’est donc un grand terrain vallonné, planté d’arbres et comportant une mare qui est proposé aux autorités du parc et de la ville de Berne pour l’accueil des ours. La Fondation Franz Weber s’est chargée de transmettre cette proposition et participera au financement des opérations logistiques et du transfert.
Réponse du conservateur du Bärenpark de Berne : «Je suis heureux de pouvoir considérer vos indications comme une solution définitive pour un accueil assuré des ours ; leur survie est ainsi d’ores et déjà garantie.»
La station de montagne grisonne d’Arosa, en Suisse a elle aussi proposé une solution, mais coûteuse (env 2 Millions de FS) et qui demandera un certain temps de réalisation : la création d’un parc sur la station.
La décision est donc maintenant dans le camp de la direction du parc. Il devra cependant confirmer rapidement son choix, car les possibilités d’accueil des ours bruns sont très rares dans les parcs européens. Un site d’exception comme le Refuge de l’Arche, dont la vocation est de donner asile à des animaux en danger ou maltraités, ne peut pas se permettre de réserver un enclos qui resterait vide, alors que d’autres ours ne pourraient être recueillis et sauvés.
Les oursons ont donc aujourd’hui toutes les chances pour échapper à la mort annoncée.
Les loups du Gévaudan – interview de Joseph Matera, directeur du parc
Joseph Matera, directeur du parc des loups du Gévaudan, évoque l’historique du parc et son rôle.
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Quelques explications sur la vie des loups, et quelques mots sur la « Bête du Gévaudan » qui terrorisa la région au 18è siècle.
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Les Loups du Gévaudan – 25ème anniversaire du parc.
C’est en 1962 que Gérard Ménatory (1921-1998) obtient son premier couple de loups (Canis lupus) de Pologne, qu’il nomme Bialow et Toundra.
L’amour de ces animaux ne le quittera plus. Il les installe au Chastel Nouvel dans sa propriété de 3 ha, à proximité de Mende. En 1971, les loups sont transférés au parc zoologique de Sainte Lucie.
En 1985, et avec le concours du Conseil Général de la Lozère et de la SELO (Société d’économie mixte pour le développement de la Lozère), Gérard Ménatory fait de ce site le premier parc à loups où le public peut les observer dans des vastes enclos en semi-liberté.
Le parc des loups du Gévaudan accueille des loups de Mongolie, du Canada, de Pologne, de Sibérie et des loups arctiques du grand nord canadien. Sur la vingtaine d’hectares consacrés aux loups, sept sont ouverts aux visiteurs. Chercheurs, et étudiants peuvent observer le comportement du loup sur l’ensemble du territoire.
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Outre le fait de préserver cet animal, le parc cherche à sensibiliser petits et grands à l’importance de ce super-prédateur dans notre écosystème, en tentant d’atténuer toutes les peurs ancestrales, d’éliminer les idées reçues et de
faire connaître son intérêt dans la biodiversité de notre planète.
Même si le loup fait actuellement l’objet de nombreuses études, l’intérêt que suscite cet animal reste très récent ; les premières données à caractère scientifique ont été relevées il y a tout juste 70 ans (Adolph Murie en Alaska). Jusqu’alors, nos connaissances sur ce canidé, souvent décrié, étaient particulièrement limitées et fréquemment fondées sur l’imaginaire, l’inconscient et non sur de réelles observations. Le parc Les Loups du Gévaudan, qui rassemble 5 sous-espèces a pour rôle de faire évoluer l’image du loup auprès des populations, afin qu’à terme, le loup puisse vivre en totale harmonie avec l’homme dans notre pays.
Le parc propose des visites pédagogiques, ainsi qu’une brochure pour tout public à se procurer sur le site.
Actuellement le parc Les Loups du Gévaudan compte 136 loups et accueille prés de 80 000 visiteurs par an.
Des événements pour fêter les 25 ans
- Maquillage des enfants : « ressembler à un loup parmi les loups », tous les mercredis après-midi du 07 Juillet au 25 août, le 27 octobre (spéciale Halloween), le 3 novembre, le 22 décembre (spéciale Noël) et le 29 décembre.
- Représentation théatrale : « Qui a peur du grand méchant loup ? » . Les contes de Perrault revus et corrigés : le grand méchant loup est malheureux car il est incompris et personne ne l’aime, jusqu’au coup de théâtre final…
- Les nocturnes du loup – «Percevoir les loups et leurs déplacements à la nuit tombante accompagné d’un spécialiste» : Tous les jeudis du 15 juillet au 12 août 2010, de 20h30 à 23h30, le parc ouvrira ses portes exceptionnellement en soirée. Le public pourra ainsi assister à une visite guidée nocturne avec, pour clore la soirée, un essai de hurlement avec les loups.
Cliquez sur la flèche pour écouter les loups hurler :Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
- Les grands prédateurs de France (Ours, Loup, Lynx) les 25 et 26 Septembre, exposition, stand d’information et conférences.
Pour en savoir plus :
Le blaireau, de l’ombre à la lumière
Projection-débat le 12 décembre 2008 à 20 h 30 à l’E.P.L. Agro de Bar-le-Duc (Technopole Vilmorin)
La nuit tous les chats ne sont pas gris…
Le Blaireau (Ordre des Carnivores, Famille des Mustélidés) est le plus gros mustélidé d’Europe avec un poids de 6 à 17 kg (20 kg maximum à la fin de l’automne). Il présente un corps massif, des pattes robustes et une queue courte lui donnant une allure pataude de petit ours. Son pelage est gris avec les pattes et le ventre noirs et une tête blanche aux deux raies noires.
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Pour vivre heureux, le blaireau vit caché !
Il fréquente essentiellement les forêts de feuillus, et les milieux ouverts avoisinants. Il vit en groupe familial basé sur le couple et les jeunes. Animal nocturne, il n’est pas facile à observer, contrairement à ses terriers qui forment un ensemble complexe de galeries, de chambres reliées à l’extérieur par de nombreux trous facilement repérables aux talus de déblais et aux sentiers en partant.
Le blaireau, une bête de sexe !
Les accouplements ont lieu toute l’année, avec une période d’oestrus (ponte de l’ovule) uniquement de mi-janvier à début mars. La gestation dure deux mois, mais une ovoimplantation (implantation de l’embryon)
différée permet la naissance de un à cinq petits en février. La lactation durera trois mois avec les premières sorties des jeunes observables en avril. Il n’y aura donc qu’une portée annuelle. Le taux de mortalité des jeunes est important : 30 à 60 % n’atteindront pas un an. Les adultes dépassent rarement 5 ans en milieu naturel (15-20 ans en captivité).
A table !
Son régime alimentaire est de type omnivore (lombrics, fruits, racines, champignons, insectes, mollusques, amphibiens, charognes,…). Il peut occasionnellement provoquer quelques dégâts sur les cultures (maïs, blé,
avoine, vigne).
Sa tête est mise à prix…
… une bonne partie de l’année
Gazé jusqu’en 1988 en tant que vecteur potentiel de la rage alors qu’il est un cul de sac épidémiologique (pas de transmission du virus possible par son intermédiaire), il est depuis classé comme une espèce gibier dont la chasse est autorisée au fusil ou en vénerie (sous terre). Il n’est pas dans la liste des nuisibles mais il peut faire l’objet de destruction après autorisation préfectorale en cas de dégâts ponctuels ou d’une ouverture de la chasse sous terre anticipée au 15 mai au lieu du 15 septembre.
Pour en savoir plus…
Venez assister à la projection-conférence du film de l’association Meles « Le Blaireau, de l’ombre à la lumière » le 12 décembre 2008 à 20 h 30 à l’E.P.L. Agro de Bar-le-Duc (Technopole Vilmorin)…
Le film « Le blaireau, de l’ombre à la lumière » de Virginie BOYAVAL est l’aboutissement de plusieurs années de travail et de passion. Produit par l’association Meles (Meles meles est le nom scientifique du blaireau
européen), ce documentaire de 52 minutes témoigne de la situation actuelle du blaireau et de sa perception en France et en Europe. Tout en expliquant le mode de vie et le comportement de cette espèce, ce film est appuyé par des témoignages de scientifiques, naturalistes,
agriculteurs, chasseurs…
C’est avant tout un plaidoyer pour la protection du blaireau.
La projection du film documentaire, en présence de la réalisatrice, sera suivie d’un débat et d’une présentation d’un squelette de blaireau, crânes, empreintes.
Date & lieu : E.P.L. Agro de Bar-le-Duc (Technopole Vilmorin) le 12 décembre 2008 à 20 h 30
Organisation & informations : Meuse Nature Environnement, 83 rue de Véel 55000 Bar-le-Duc ; tél. : 03 29 76 13 14 ; fax : 03 29 76 83 68 ;
courriel : mne.asso@wanadoo.fr ; site : http://mne.asso.free.fr/
Sur la piste du loup…
Il y a quelques semaines, Hervé Ortega nous avait fait l’amitié de partager ses photos et ses impressions lors de sa rencontre avec les loups. http://www.lejournalnature.com/ljnblogmain/?p=138
En ce début d’hiver et de neige, il est retourné dans « sa » montagne avec toujours l’espoir de LA rencontre. Il n’a pas vu le loup, cette fois, mais …
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Ce matin là, la neige venait de cesser de tomber et le ciel parsemé de quelques nuages semblait promettre une belle journée ensoleillée. Je décidais d’aller observer une zone de montagne où les chamois se trouvent en abondance pour le rut, pas très loin du territoire où se tient la meute de loups la plus importante de France. Après 1h30 d’ascension rendue difficile par une couche de neige fraîche, j’arrive sur les places de rut. Dés mes premières observations m’étonne de voir les chamois très en hauteur au lieu de leur place habituelle. Immédiatement et par expérience, je sens que quelque chose ne va pas. L’hypothèse d’une prédation me traverse l’esprit. Je continue de grimper en direction des chamois, hors chemin, m’attaquant à une forte pente. La neige est immaculée, aucune trace n’est visible. Une heure s’écoule dans le silence feutré du paysage enneigé. Je suis soudain alerté par le festoiement en contrebas d’un groupe de corbeaux, et je pars dans leur direction. En approchant de l’emplacement du festin je m’aperçois que la neige n’est plus vierge, mais foulée de partout. Elle a pris
une forte teinte rouge. Je finis par apercevoir une carcasse à la jumelle, mais je ne descends pas dessus tout de suite. Je préfère d’abord contourner cette cuvette en essayant de relever des indices ou de voir quelque chose. Rien… Je m’approche donc de la carcasse qui s’avère être un chamois. Des morceaux de peau… Des touffes de poil de-ci, de-là. Pas de prédateurs aux alentours. Deux traces bien distinctes et bien droites partent dans la direction de la ligne que j’ai empruntée un peu plus tôt, sur un travers pentu à quelque distance. Je suis enthousiasmé et je suis cette piste fraiche. Lorsque je croise mes propres traces, le doute s’installe en moi. Ces loups ont pu partir en sentant ma présence et passer dans mon dos sans que je les voie. Le temps se 
gâte mais je décide de continuer. Au bout d’une heure, toujours suivant ces deux traces progressant côte à côte dans une piste très droite, je n’y vois plus rien. Le brouillard est épais et la neige n’est plus très loin. Je suis seul et déjà engagé dans une pente enneigé très abrupte. Je me dis qu’il vaut mieux ne plus trop prendre de risque et c’est à contre-coeur que je me décide à redescendre. Je regrette encore mon départ car je savais qu’il restait deux gigots à terminer sur la carcasse ! Forcément, ils ont dû revenir, mais le mauvais temps ne m’a pas permis de rester seul en ces lieux isolés.
A quand la prochaine rencontre ?
Hervé Ortega
Pour en savoir plus sur le parcours et les engagements d’Hervé Ortega :
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Loups et chamois dans le Mercantour
Observer un loup est déjà une chance exceptionnelle pour qui n’est pas mené à cotoyer le prédateur dans le cadre de son métier ou de sa passion. Observer une meute et le comportement du loup vis à vis d’un chamois passant à proximité est encore plus exceptionnel.
Hervé Ortega nous fait bénéficier de ces instants, avec ses photos et le récit de sa rencontre.
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« Ayant pour hobby la photographie animalière, je suis passionné par la faune sauvage et particulièrement par les grands prédateurs présents chez nous. Je voue, entre autres, une véritable admiration au loup. Désireux de soutenir en France toutes les actions en sa faveur, j’ai adhéré depuis quelques années à l’association « Groupe Loup France » (a rejoint Ferus) , qui s’occupe au mieux de plaider ses intérêts.
Exerçant ma passion dans le Mercantour depuis de nombreuses années , j’ai toujours gardé l’espoir d’apercevoir un jour « la bête » dans les différents lieux que je parcours, bien connus pour la présence de meutes bien distinctes , relevant souvent de nombreux indices tels que traces fraîches dans la boue ou la neige, déjections et restes dévorés d’ongulés.
Cet hiver 2007-2008 je décide de mettre les bouchées doubles! En février, je pars donc passer trois jours sur le secteur très enneigé du hameau de Molières déserté l’hiver par toutes âmes qui vivent car difficile d’accès, hameau situé précisément au centre du territoire où se tient la meute de la Vésubie. Les indices de la présence du prédateur m’apparaissent très rapidement évidents: carcasses consommées de chamois, mouflon, sanglier et de nombreuses traces fraîches. Mais après avoir 2 jours durant observé et affûté longuement je restais sur l’échec d’une hypothétique rencontre.
Je décide alors de multiplier les occasions afin d’augmenter mes chances. Début mars, je pars sur un autre secteur où se tient la meute de Haute-Tinée, avec pour intention, au départ, de ne faire qu’une journée de repérage dans un territoire quand même assez vaste.
Ce jour là, très froid et venteux, décidé à ne faire que de l’observation, mon sac rempli déjà de beaucoup de vêtements, je m’équipe léger en matériel: jumelles, lunette d’observation et appareil Canon + objectif 70-200mm (au cas où…), mais je ne prends pas de trépied. Je pars donc, très tôt le matin, sur un chemin démarrant versant sud avec peu de neige, foisonnant d’ongulés venant chercher les jeunes touffes d’herbe a peine découvertes. Déjà satisfait par ces superbes observations, je ne pouvais m’empêcher de penser: « quel superbe garde manger ici, je vais certainement trouver quelques indices intéressants ».
Chemin faisant, je contourne la montagne, la neige se fait de plus en plus présente à l’approche du côté ubac, j’arrive au bas d’une grande combe sans arbres, entourée de pentes raides et très enneigées. Le champ de vision étant dégagé, je décide de m’arrêter pour observer. J’attrape mes jumelles, quelques chamois ici et là, puis tout d’un coup, sur ma gauche, quelque chose court à environ trois cent mètres de moi, un chamois, mais stupeur, je n’en crois pas mes yeux, il est poursuivi par un loup. La scène se passe durant quelques secondes, sur une centaine de mètres, puis d’un seul coup le loup s’arrête et repart en direction d’où il est venu. Prés d’un bloc émergeant de la neige, il tourne et se couche en rond, tel les chiens de traîneau. Là, constatation, juste le haut de la tête et les oreilles sont perceptibles. Qui est le loup? Qui est le bloc? Je me rends compte de l’étonnante faculté de cet animal a se confondre littéralement dans son environnement ! Sans jumelles et puis même sans l’avoir vu se poser là, impossible de le deviner.
C’est d’ailleurs la même chose pour les animaux; voilà justement deux chamois qui descendent sur lui; j’espère alors que quelque chose d’intéressant va se passer, je sort mon appareil, mais pour l’objectif que j’ai apporté je suis trop loin. « Ce n’est pas grave observons! ».
Ce loup n’a pas l’air d’avoir faim, il ne calcule même pas les chamois – ou bien fait-il semblant? Soudainement, lorsque ceux-ci arrivent à quelques mètres de lui, il se lève d’un coup et bondit à la poursuite de l’un d’eux dans ma direction.
Une scène magique que je ne pourrais jamais oublier, malheureusement trop loin pour mon objectif et je ne peux l’immortaliser correctement .
Je m’aperçois de l’aisance de son déplacement malgré la neige; le chamois aussi dans ce domaine n‘est pas en reste ! Une nouvelle fois, la scène ne dure que quelques secondes, sans conviction et sans succès pour notre loup. Il s’arrête puis repart tranquillement dans la direction opposée. Je vais le perdre de vue, je décide donc de changer de place, non pas de le suivre, mais de repartir en arrière, de contourner et de gravir la montagne pour sortir en crête de façon à dominer toute la combe. Difficilement, la neige entravant ma progression, j’arrive en crête, je m’installe sous un unique mélèze et je cherche celui que j’appelle déjà « mon » loup.
Une nouvelle fois, stupeur ! Sur le versant d’en face à environ 500, 600 mètres, non pas un loup mais quatre loups !
Deux gros spécimens, robe allant d’un gris à marron clair, tache noire sur la face, je les estime environ 35-40 kg et deux plus jeunes au pelage beaucoup plus clair, peut-être 20 à 25 kg. Ils se suivent en file indienne et gravissent dans la neige une pente assez raide pour arriver en haut d’un promontoire rocheux où ils se séparent de quelques mètres puis chacun, grattant la neige pour faire son trou, parfois urinant dedans, se couche en tournant en rond. Dans l’immobilisme total de ces animaux, là encore on peut se rendre compte du mimétisme avec les roches grises et sans une bonne lunette d’observation, impossible de déceler les quatre loups couchés.
Je suis resté là 6 heures durant, assis dans la neige, bravant le froid et le vent, mais découvrant de nombreuses attitudes de comportements chez ces canidés. A nouveau, deux chamois s’approchent d‘eux, on dirait qu’ils ont senti quelque chose pourtant ils continuent prudemment leur marche. Dérangé dans son somme, un loup lève la tête, les chamois l’aperçoivent, rebroussent chemin, contournent et passent sous le promontoire où se trouvent les quatre individus, puis remontent de l’autre coté dans leur direction. Curieux comportement ! Un loup lève à nouveau la tête mais ne bouge pas une oreille, un des chamois se couche à une vingtaine de mètres du groupe.
Vraisemblablement ces loups n’ont pas faim, les chamois le sentent et ils cohabitent provisoirement , faisant penser aux ongulés de la savane broutant près des fauves quant ils ne chassent pas. Quelques heures passent… le plus gros des loups se lève, en fait à sa façon d’uriner je discerne que c’est une louve, la queue bien en l’air et la vulve proéminente (détail à la lunette) laisse présager que se pourrait être la femelle alpha, en chaleur en cette période. L’autre gros loup se lève également, la queue baissée il s’approche de la femelle et lui sent la croupe, ce pourrait être le mâle alpha. Les autres loups beaucoup plus petits continuent leur somme. Un instant, j’ai eu l’espoir d’un accouplement devant moi, mais non, un peu de pudeur ! La femelle s’en va dans la direction opposée d’où ils sont venus, en contrebas, vers un éboulis en partie déneigé, suivie à distance par le mâle. Elle arrive sur une carcasse de mouflon à moitié dévorée.
Je comprend maintenant pourquoi ces loups avaient peu faim, une chasse récente leur avait permis de bien se nourrir. Elle arrache avec aisance une bonne partie d’une des cuisses, broyant sans problème les os, elle se nourrit ainsi pendant une quinzaine de minutes, toujours sous l’observation de l’autre loup resté à petite distance, puis elle remonte d’où elle est venue, ce couche à nouveau mais un peu plus à l’écart des autres. Le mâle ne manifeste aucune intention de se nourrir. Vu son ventre assez rond, il a dû se gaver auparavant ! Il suit la femelle, la rejoint pour se coucher auprès d’elle. Plus rien ne se passe pendant 1 heure… il est 17heures, je suis resté 6 heures assis dans la neige, j’ai froid, je décide donc, à contrecœur, de redescendre. Cette journée d’observation a marqué mon esprit et je ne suis pas prêt d’oublier cette rencontre.
Ne pouvant pas revenir immédiatement dans ce secteur, je programme deux jours sur place la semaine suivante.
Le temps est beau mais froid et il y a beaucoup de vent. Cette fois ci, je m’équipe fort: Appareil + télé 500mm + 70-200mm, le trépied, la lunette, les jumelles et beaucoup de vêtements à cause du froid, bref la présence de nombreux mouflons et chamois. Je parcours ainsi tous les sommets, m’arrêtant de temps en temps pour donner un coup de lunette, mais sans succès, impossible d’apercevoir le moindre loup. En fin de journée, fourbu par le poids de mon sac et une progression difficile dans la neige, je redescends, naturellement très déçu de n’avoir pas eu une seconde chance.
Le lendemain, je décide de faire les crêtes, côté nord de la même combe, évidemment beaucoup plus enneigées. Départ à la nuit très tôt le matin, je m’aperçois que la randonnée de la veille a laissé des séquelles, je suis très fatigué. Tant pis, c’est le prix à payer, si l’on veut trouver quelque chose. La progression est difficile, les jambes sont lourdes, j’arrive péniblement sur une crête, il est 7 heures du matin. Au passage, sur un adret sans neige, j’ai croisé une faune très riche en ongulés, mouflons, chamois, chevreuils, biches, cerfs…l’abondance ! J’ai une belle vue sur la combe, quelques rares mélèzes sont derrière moi, j’ai faim, je décide de manger. Tout en mangeant, j’observe quelques chamois en contrebas, mais tout à coup je sens une présence derrière moi, « est-ce mon sixième sens? », je me retourne casse-croûte à la main et là en face de moi à 200 mètres, une bestiole à l’arrêt m’observe.
Je ne veux pas y croire, c’est pour cela que je me saisis des jumelles; eh oui c’est un loup, robe variant du gris au marron très clair, dessus de la tête du museau aux oreilles, noir et les joues blanches, un magnifique spécimen entre 30 et 40 kg. Le temps pour moi de réaliser, celui-ci reprend son chemin comme si de rien n’était. Vite, j’ai l’appareil dans le sac, le temps de le sortir et le préparer, le loup avait fait 200 à 300 mètres en direction des quelques mélèzes. Coup de chance, il s’arrête à nouveau au milieu des arbres pour m’observer. Le soleil n’est pas levé, la lumière n’est pas bonne, je prends quand même quelques photos.
Le loup repart tranquillement, sans se presser et disparaît derrière une bute. Je n’ai pas cherché à le suivre, mais plutôt pensant trouver les autres loups, je suis parti en direction d’où il est arrivé. En suivant ces traces, il ne m’a pas fallu longtemps pour retrouver sa couche dans la neige. Pas d’autres présences en vue. Me sentant fatigué je suis resté à l’affût dans ce secteur. Après quelques heures sans bouger, le froid m’a contraint à redescendre, mais j’étais satisfait quand même d’avoir pu mémoriser un si bel instant.
Tel le dicton qui dit « jamais deux sans trois », la semaine suivante, sous une belle journée moins froide et avec beaucoup moins de neige, j’ai pu observer un autre loup couché sur un névé au milieu de quelques mélèzes. J’étais en crête, lui en dessous de moi, mais l’endroit ou il se reposait était dans des barres inaccessibles. Je suis resté là une petite heure à observer toujours le même manège avec repos. Je suis parti, contournant ces barres rocheuses pensant pouvoir l’approcher un peu plus, mais je me suis vite aperçu de la difficulté de la tâche et après des heures d’efforts et de galère pour atteindre les lieux, naturellement plus de loup.
Depuis, je n’ai plus eu le temps de retourner sur ce secteur, mais tous les détails de ces rencontres restent gravés dans ma mémoire, ce sont vraiment des instants inoubliables…. »
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Photographe naturaliste amateur, autodidacte de 50 ans passionné par la faune sauvage et particulièrement par les grands prédateurs tels loups, ours, lynx auxquels il voue une véritable admiration, Hervé Ortega réside dans ce merveilleux parc qu’est le Mercantour. Il l’a parcouru depuis sa jeunesse, y découvrant sa faune exceptionnelle lors de nombreuses observations. Dans l’idée de mémoriser ces instants et de les faire partager, il est venu à la photo tardivement en 2002, mais depuis c’est devenu une véritable passion. Malgré un travail lui laissant peu de temps libre, il essaie d’y consacrer plus de temps pendant ses week-end et ses vacances. Parcourir et photographier la nature où que ce soit dans le monde, c’est aussi rencontrer des gens qui partagent les mêmes convictions que vous: toujours respecter la nature et surtout agir pour sa sauvegarde tant qu’il est encore temps…
Le site internet d’Hervé Ortega : www.animal-photo-nature.com
Hervé Ortega a eu la gentillesse de nous offrir ces documents. Pour seule contrepartie, il nous a demandé de vous inviter à découvrir les associations et réseaux qui travaillent à permettre l’intégration du loup dans les régions où il peut raisonnablement trouver un bon accueil. Voici le lien vers l’association Ferus qu’il soutient :
FERUS (Ex Groupe Loup France / ARTUS) est une association sans but lucratif, qui a pour but de diffuser une information spécialisée sur le loup, l’ours et le lynx, et d’organiser, susciter ou soutenir toutes initiatives pour la connaissance, la réhabilitation et la défense de ces prédateurs.
Un tir d’élimination d’un Lynx demandé dans le Jura
Pendant que se déroulait à Orléans le Symposium Lynx, la réalité du terrain est venue illustrer l’importance de la concertation et de la gestion objective des épisodes sensibles liés à la présence du Lynx dans nos massifs.
Depuis presque 6 mois, à Mirebel dans le Jura, un troupeau d’environ 250 moutons, brebis et agneaux semble avoir été la cible d’une douzaine d’attaques, recensées et imputables à un lynx.
Ces attaques épisodiques concernent le même troupeau. Le prédateur ne décime pas le troupeau, et se « contente » d’une proie, blessant parfois auparavant un autre animal qui s’est mieux défendu.
Prédateur discret, sans agressivité envers l’homme, le lynx consomme approximativement une grande proie par semaine, complétant son régime par des représentants de la petite faune. Le chevreuil est la proie de prédilection du Lynx d’Eurasie (Lynx boreal, lynx lynx), l’espèce présente dans le Jura Suisse et Français. (Le lynx pardelle, ou lynx ibérique est quant à lui plus petit et inféodé aux populations de lapins, et ne se rencontre encore qu’en Espagne). Cependant, divers facteurs peuvent pousser le lynx à attaquer un troupeau ovin : animal affaibli ou blessé trouvant des proies plus faciles à attrapper, territoire appauvri en proies naturelles (chevreuils) sous diverses influences, arrivée de l’animal dans un nouveau territoire ou tout simplement découverte de la facilité…
Si le lynx bénéficie d’un statut de protection, les autorités et les associations sont conscientes des préjudices portés aux éleveurs. Depuis le retour du Lynx voilà maintenant presque 35 ans, des mesures d’indemnisation financière ont été mises en place afin de compenser la prédation. Mais il faut aussi prendre en considération la colère légitime des éleveurs qui subissent des attaques répétitives et attestées de la part du prédateur. Si la perte financière est compensée, les éleveurs « honnêtes » , ceux pour qui l’indemnisation n’est pas vue comme une ressource bienvenue- ne peuvent accepter de voir se perdre le fruit de leurs efforts, car leur troupeau est leur vie, leur raison d’être personnelle tout autant qu’économique. Des solutions existent, permettant de diminuer considérablement les attaques de lynx, voire de les supprimer. La plus exemplaire est la mise en place de chiens patous, dont l’instinct naturel complété par une éducation dès leur plus jeune âge en fait de parfaits protecteurs des troupeaux.
Malheureusement, tous les éleveurs n’ont pas (encore) accepté les solutions proposées pour la prévention, et lorsque les attaques attestées dépassent un certain quota (10 en alerte, puis 11 ou 12 en déclenchement d’opération), une procédure d’élimination du prédateur impliqué peut être engagée (appelée « tir de prélèvement »). La demande est formulée auprès des autorités locales (commission départementale d’expertise), qui la valide et la transmet à la préfecture. Le cabinet du préfet prend la décision et si en cas d’accord transmet à son tour la demande au ministère qui pourra donner son feu vert pour le déclenchement de la procédure. L’ONCFS sera dans ce cas chargée de l’application de la décision par pose de pièges ou tir direct par les gardes.
En ce qui concerne la prédation subie par le troupeau de Mirebel, la commission départementale s’est réunie le 2 octobre et a transmis la demande à la préfecture. Si la préfète suit l’avis de la commission, ce qui est probable, le ministère devra à son tour prendre la décision d’éliminer le lynx incriminé.
Au delà de l’engagement que l’on peut avoir envers le prédateur et des multiples polémiques soulevées par sa présence, il est fondamental de comprendre la nécessité de préserver l’équilibre fragile entre les mesures de protection et les intérêts économiques des éleveurs. Il faut souligner dans le cas présent les préconisations de la préfecture en termes de prévention : chien patous, mesures foncières et aides au pastoralisme.
Il faut comprendre le désespoir d’un éleveur qui, attaché à son travail et à son troupeau, subit la prédation. 6 mois, c’est court et c’est long à la fois quand les choses vont mal. Tout le monde sera perdant s’il n’y a pas de recherche volontaire et positive de solutions réelles : dialogue, actions de terrain, indemnisation, translocation, protection par chiens doivent se mettre en place là où subsiste un vide actuel. Avec une vraie volonté de collaborer, en laissant de côté les intérêts particuliers et les fausses idées. Il faut diffuser la connaissance pour lutter contre les croyances néfastes mais aussi s’intéresser aux contextes humains tout autant qu’à ceux du Lynx. Un réseau est en place qui travaille pour accompagner le retour du Lynx. Des associations et des structures existent qui ont pour vocation de communiquer et d’aider. Il faut faire connaître ces actions et dépasser les clivages pour arriver à une cohabitation avec un minimum de problèmes pour les uns et les autres.
Dans le cas présent, si la perspective du pire semble hélas prédominer, des actions sont en cours visant à essayer de l’éviter, en mettant fin aux attaques tout en préservant la vie du félin. Espérons qu’elles aboutissent à une solution rapide et satisfaisante.
Lynx, le Grand Retour ?
Le Muséum d’histoire naturelle d’Orléans, Ferus et Loiret Nature Environnement ont organisé, du vendredi 17 au dimanche 19 octobre, un Symposium international intitulé « Lynx… le grand retour ? ».
Ce furent trois jours dédiés au Lynx, destinés à appréhender au mieux le retour possible de ce prestigieux félin. Présent dans les massifs des Vosges et du Jura, en expansion dans le massif Alpin, il pourrait à terme recoloniser d’autres territoires, et revenir dans les forêts de la région Centre.
Evolution de la répartition, dynamique des populations, écologie et éthologie des Lynx, mais également relations « homme – grands carnivores » et présentation des problématiques de conservation et de gestion des populations de Lynx en milieu naturel ; les plus grands spécialistes français, et des naturalistes de renommée internationale ont fait l’honneur de venir présenter les résultats de leurs recherches et de leurs expériences de terrain.
Conférences, expositions photographiques et muséographiques sur les Lynx du monde, projections de films, dédicaces… des manifestations destinées à tous les publics eurent lieu dans les salles du Muséum.
Une grande soirée gratuite tout public ouvrit le symposium dès le vendredi 17, avec la projection du film « Vivre Lynx » de Loïc Coat, suivie d’un débat animé par Patrice Raydelet du pôle Grands Prédateurs Jura. Les journées du samedi et du dimanche furent riches en communications de haut niveau.
Très rapidement, vous pourrez lire sur Le Journal Nature le résumé de ces trois journées.



















