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L’âne mange l’éléphant !

La nuit fut longue. Les chaines d’infos affichaient une carte des USA sur laquelle les états initialement gris viraient tantôt au rouge, tantôt au bleu. Au fur et à mesure que le bleu gagnait du terrain, la concrétisation d’un immense espoir se faisait jour. Au delà de la symbolique forte de l’accession d’un noir au poste de président des USA (et presque du monde…), signe d’un changement des mentalités, c’est l’espérance d’un monde un peu meilleur qui éclatait dans les manifestations de joie du moins dans les états acquis et gagnés par les démocrates.

L’élection de Barack Obama changera-t-elle vraiment le monde ?

8 longues et tristes années viennent de s’écouler pendant lesquelles nous avons assisté à une dégradation continue de la planète et des équilibres si fragiles qui lient les hommes et l’environnement dans des sociétés minées par la recherche du profit maximum au mépris des composantes humaines.

8 années d’un pillage continu des ressources de toutes natures… 8 années d’arrogance et de piétinement de tout ce qui pouvait constituer le moindre danger pour les profiteurs de toute nature. Les 4 premières avaient donné le ton, les 4 suivantes furent pire. Que penser aussi du parfum de fraude qui avait empesté ces deux élections…

8 années pendant lesquelles les gens des rues et des campagnes ont courbé le dos sous les assauts répétés des monstres de la finance et des démons de la spéculation. Pendant que certains se bâtissaient des pyramides d’or, les autres perdaient leur maison, leurs souvenirs, leurs emplois, leur vie. Dans l’indifférence des uns, l’ignorance, le mépris et l’incompétence des autres.

Aujourd’hui, l’âne a mangé l’éléphant, sous les acclamations avec les félicitations de l’international. Si c’eut été le contraire, les félicitations eussent afflué de la même façon… C’est la rêgle du politiquement correct.

Barack Obama incarne l’espoir des nouvelles générations et des populations délaissées. Il incarne celui de tous ceux qui espèrent en une prise de conscience des dangers encourus par la planète, la nature et les hommes. Voudra-t-il, pourra-t-il, arrivera-t-il à convaincre et à agir comme l’humanité l’attend et l’espère ? Ou ne sera-t-il qu’un épisode dont profiteront les monstres un temps repoussés pour préparer dans l’ombre une future et pire hégémonie ?

Il faut être attentif aux programmes, mais surtout aux mises en application des promesses. Les gens, ceux du “peuple” n’ont que peu conscience de leur pouvoir, de la puissance que leur confèrerait une alliance mondiale, au delà des mers, des montagnes et des religions. Tous ceux qui ont la chance immense d’avoir accès à la connaissance, aux réseaux de communication et de pouvoir, dans des démocraties confirmées et dans le cadre douillet de sociétés qui ne connaissent pas la faim (ou pas encore…), devraient mobiliser les populations pour qu’elles exigent des résultats concrets et ne se satisfassent pas de promesses électorales vite oubliées ou frôlant l’escroquerie.

Bleu aujourd’hui, Rouge demain, Vert ici, Jaune ailleurs, peu importe la couleur de la politique et des partis. Seule une véritable volonté de comprendre le monde, d’accepter de ne pas monopoliser les ressources à son seul profit -qu’on soit élu ou homme de la rue- de partager, d’échanger et de se donner un coup de main au lieu de chercher à s’éliminer par une stratégie de la terre brûlée pourront faire d’une étincelle un grand feu d’artifice.

Aujourd’hui, un âne a commencé à manger un éléphant. Il ne faudrait pas qu’il attrappe une indigestion. Il en mourrait. L’éléphant, dans son ultime discours, a fait preuve d’une remarquable dignité en saluant la réussite de son vainqueur. Ne lui reconnaît il pas raison ?

Et si au lieu d’applaudir un âne qui dévore un éléphant, on les aidait à courir et jouer ensemble ? On pourrait même tous devenir arbitres pour éviter les fautes de jeu et les vilains coups…

Pierre Demeure

Pourquoi un âne et un éléphant pour symboles des Démocrates et des Républicains ? L’ambassade des Etats Unis en France donne l’explication.

D’où viennent l’âne, symbole du parti démocrate, et l’éléphant, qui personnifie le parti républicain ? De l’imagination de Nast, caricaturiste du XIXe siècle.

Thomas Nast, qui était républicain, représenta pour la première fois le parti démocrate sous la forme d’un âne dans un dessin exécuté en hommage posthume à Edwin Stanton, récemment décédé, qui parut le 15 janvier 1870 dans Harper’s, revue à laquelle il collaborait régulièrement et dont l’influence politique était grande.

Ancien secrétaire à la Guerre du président Lincoln, qu’il avait soutenu au cours de la guerre de Sécession tout en appartenant à un parti différent, Stanton avait été violemment attaqué par les Démocrates du nord. Nast le montrait sous l’aspect d’un lion mort auquel un âne donnait un coup de pied. Il utilisa par la suite l’âne comme symbole de l’ensemble du parti démocrate et l’introduisit ès qualité dans les caricatures qu’il consacra aux deux grandes coalitions politiques des Etats-Unis.

Quant à l’éléphant républicain, il naquit de la façon suivante: le général Grant avait été réélu président un an plus tôt lorsqu’au printemps 1874, un éditorial parut dans le New York Herald présentant le grand soldat comme un César assoiffé de pouvoirs dictatoriaux et déjà disposé à renverser la règle coutumière selon laquelle un président ne pouvait exercer trois mandats successifs.

Cette nouvelle sensationnelle, que rien ne venait étayer et qui était surtout destinée à augmenter la vente du journal en une période de marasme, se propagea avec une telle ampleur qu’elle effraya très sérieusement les hommes politiques comme les simples citoyens.

A peu près à la même époque, le journal lançait une autre nouvelle tout aussi fallacieuse, toujours dans le but d’accroître le nombre de ses lecteurs. Les animaux de la ménagerie de Central Park s’étaient échappés, écrivait le New York Herald, et erraient dans les bois, en quête de proie. La coïncidence de ces deux informations erronées, parues dans le même journal, donna immédiatement à Thomas Nast l’idée d’en tirer parti. Le 7 novembre 1874, Harper’s publiait une caricature destinée à faire comprendre au public le danger et l’inanité de l’ accusation de dictature portée contre Grant par les démocrates. Le dessin montrait, dans une forêt, différents animaux dont chacun représentait un journal, un Etat ou une question politique. Tous étaient terrifiés par un âne revêtu d’une peau de lion portant le mot “Césarisme”. Le dessin était accompagné de la légende suivante: “Un âne qui se faisait passer pour un lion circule dans la forêt et s’amuse à effrayer tous les animaux stupides qu’il rencontre sur sa route.” George Stimpson, dans son ouvrage: A Book about American Politics, interprète comme suit cette caricature: “L’éléphant, portant l’étiquette ‘Voix républicaines’, a peur lui aussi et se précipite vers une fosse piégée recouverte de planches branlantes marquées inflation, répudiation, réforme, etc. C’était, pour le caricaturiste, un moyen de se moquer avec bonne humeur de son propre parti, énorme, mais pusillanime.” Quinze jours plus tard, un autre dessin de Nast paraissait dans la même revue, après les élections marquées par la défaite des républicains. Nast illustrait cet échec en montrant le même éléphant tombé dans le piège tendu par les démocrates.

Cet animal ne cessa par la suite de personnifier le G.O.P. et, en 1969, Jack Frost, conseiller en arts graphiques auprès du comité national du parti républicain, dessinait un éléphant stylisé, évoquant la modernisation de l’une des deux grandes formations politiques des Etats-Unis.

N.B. Le sigle G.O.P. (Grand Old Party le grand vieux parti) désigne très souvent, et familièrement, lui aussi, le parti républicain

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